mardi 28 février 2017

Le marché de la musique français dopé aux hormones de croissance du streaming

L'industrie musicale est la première à passer d'une économie de la propriété à une économie de l'accès. Les droits de propriété intellectuelle de la musique n'ont pas disparu. Ils sont toujours exploités. Ce qui disparaît peu à peu, c'est l'attachement du consommateur à la propriété d'un support physique.

Le téléchargement, qui a tenté de transposer cette notion de propriété du contenant garante de l'accès au contenu dans l'environnement numérique, est en train de mourir de sa petite mort. Avec une nouvelle baisse de ses revenus de 22 % l'an dernier en France, selon les chiffres publiés ce matin par le SNEP, il rapporte de moins en moins aux labels et maisons de disques : moins de 20 % du chiffre d'affaires de gros du numérique en 2016, contre près de 80 % pour le streaming, qui a progressé de 37 % en valeur sur la période.


La résistance du marché physique en France (encore 59 % des ventes en 2016, et un baisse de seulement 2,5 % en valeur) montre que le basculement de la consommation vers le streaming reste mesuré. Cette résistance est moins forte qu'au Japon ou en Allemagne, mais loin de se vérifier aux Etats-Unis ou au niveau mondial. Globalement, plus la base de la pyramide des âges est large, plus la vague du streaming est forte. Selon le Baromètre des usages GFK-SNEP de janvier 2017, 60 % des streamers français ont moins de 40 ans, et 42 % ont moins de 30 ans. Les plus de 50 ans ne représentent que un streamer sur quatre, alors qu'ils pèsent 40 % de la population, contre 22 % pour les 15 - 29 ans, qui représentent un streamer sur trois..

Le SNEP donne le chiffre de 13 millions d'utilisateurs mensuels des services de streaming audio en 2016 (+ 40 % en deux ans), avec 3,9 millions d'abonnés (un chiffre multiplié par 2 en deux ans), et un total de 28 milliards d'écoutes enregistrées sur l'année (+ 55 % par rapport à 2015). C'est l'abonnement (+ 42 % en valeur sur un an) qui a tiré le marché vers le haut l'an dernier. Ses revenus sont passés de 35 à 117 millions d'euros en l'espace de trois ans, et ont pesé 82 % du marché de gros du streaming en 2016, contre 64 % en 2013.

On peut déduire deux constats des chiffres publiés par le SNEP :

- Pour les labels et maisons de disques, l'ARPU (Average Revenue Per User) du streaming sur abonnement en 2016 est de 30 € en France. Il était de 24,6 € en 2013, de 23,8 € en 2014, et de 27,4 € en 2015. Il a progressé de 9,5 % l'an dernier.

- Le revenu moyen par écoute, streaming payant et gratuit confondus, a tendance quant à lui à régresser lentement. Il est de 0.005 € pour 2016. Il était de 0,006 € en 2013 et en 2014, et de 0,0057 en 2015.

Le SNEP ne publie pas de chiffres suffisamment détaillés pour déterminer l'ARPU du streaming gratuit financé par la publicité. Un indicateur dont il serait peut-être utile d'observer l'évolution. Le marché global de la musique enregistrée a progressé pour la première fois depuis 15 ans en France en 2016, de 5,4 % en valeur, a confirmé le SNEP, pour peser près de 450 millions d'euros. Pour l'essentiel grâce au streaming audio. Le streaming vidéo n'a rapporté que 11,9 millions d'euros, soit 8 % à peine des revenus du streaming, et 2,6 % des revenus globaux de la musique enregistrée.

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